Autrefois considéré comme une activité marginale, le surf est aujourd’hui ancré dans notre société comme un sport pouvant être pratiqué par chacun(e) et ce qu’importe son appartenance socio-professionnelle. Mais plus que cela : synonyme de sensations fortes et de liberté, l’esprit surf est tel que son image et son dialecte sont souvent repris pour des slogans de marques diverses. Et pour faire vendre quoi ? Du rêve sous la forme de surf-lifestyle. Car en fait, même si la publicité lui fait parfois perdre son sens initial, le surf est une vraie philosophie de vie, celle qui aide à développer les qualités mentales nécessaires pour s’affirmer dans la vie personnelle et professionnelle. Humilité, sens des responsabilités, patience et persévérance, adaptation au changement et sens de l’équilibre, concentration et anticipation, maîtrise de soi, observation, esprit d’analyse et auto-évaluation, recherche de nouveaux challenges, ouverture d’esprit, solidarité, accomplissement personnel… Oui, outre ses quelques minutes de plaisirs béats, la pratique du surf aiderait bien à construire sa vie d’adulte et à surmonter les évènements imprévisibles de l’existence…
Accepter de ramer, faire de multiples canards pour passer la barre, ramer encore pour se donner la chance de surfer une vague, tomber de sa planche et remonter dessus pour repasser la barre et éviter les autres surfeurs… Surfer engendre un grand effort physique qui nous apprend qu’on a rien sans rien. Dompter sa planche qui se balance sur la houle n’est pas chose facile et pour progresser, le surfeur comprend vite qu’humilité et patience sont les maître-mots. En effet, ce n’est que petit à petit qu’il ressentira les bénéfices de ses efforts. Surfer, c’est donc vivre, accepter de tomber et de remonter incessamment, mais c’est aussi se rendre compte à quel point il est nécessaire de surmonter les aléas de notre existence pour réussir
Se prendre un coup avec la board d’un autre surfeur, se faire secouer par les rouleaux après avoir prit une mauvaise vague, se faire éjecter dans le beachbreak en voulant sortir trop vite de l’eau… le surf n’est pas sans risques. Et pourtant on y retourne volontiers pour ce goût de l’extrême, pour repousser ses propres limites. Une sorte de ‘Ça passe ou ça casse mais quoiqu’il arrive, c’est que je l’ai mérité’. On ne parle pas ici d’inconscience ou d’imprudence mais plutôt de prise de risques calculés dont on connaît vite la sanction (parfois sévère) en cas d’erreur. Le surfeur est courageux mais pas vaniteux, il n’en connaît que trop bien les conséquences. C’est par son comportement qu’il se pose en maître de son propre destin et qu’il acquiert le sens des responsabilités
Jongler entre l’envie de surfer et les contraintes de sa vie professionnelle et/ou personnelle, se mettre à l’eau lorsque les conditions de mer sont les plus favorables, attendre patiemment la série qui se décale inopportunément, ne pas se sentir corps avec la vague … La frustration est inhérente à la pratique du surf. Pourtant, elle s’efface bien vite suite à quelques minutes de glisse. Le plaisir de la glisse étant incontestablement passager, le surfeur sait qu’à force de persévérance, il connaîtra un instant de bonheur unique et, à l’arrivée, une certaine satisfaction personnelle
Pour glisser sur la vague, le surfeur doit jouer avec ses appuis et rester ainsi le plus longtemps possible, debout sur sa planche. Mais comme ‘Nul ne surfe jamais deux fois la même vague’ (Frédéric Schiffter) puisque toutes les vagues sont différentes, imprévisibles et inattendues, le surfeur doit trouver son propre équilibre sur chacune d’elles. Un éternel recommencement qui parfois le dépasse à cause de multiples contraintes. Et pourtant, c’est en acceptant les pour et les contre que le surfeur apprend à s’adapter et à surfer sur des situations changeantes voir instables afin de trouver l’équilibre parfait entre physique et mental
Zigzaguer entre les autres surfeurs et attendre son tour, se retrouver dans une position inconfortable générée par ceux qui en demandent plus, être confronté à quelques surfeurs égoïstes et hargneux… Face aux requins, le surfeur doit être à l’écoute de ses sensations et suivre son intuition avec intelligence. Rien ne sert de provoquer, il est préférable d’identifier, comprendre et esquiver. Le surfeur apprend à maîtriser ses émotions et, judicieusement, utilise l’énergie du mouvement pour révéler le lien de la réciprocité et le précepte de gagnant-gagnant. En adoptant une attitude altruiste, il maximise le bien-être de toutes les personnes présentes autour de lui. C’est en esquivant les rapports de force qu’on en ressort vainqueur et respecté…
Etudier le spot avant la mise à l’eau, se déplacer en utilisant le courant, optimiser sa rame pour se placer, surfer avec la vague et non contre elle… c’est par son attitude que le surfeur se fait accepté au creux de la vague et c’est en accompagnant son mouvement qu’il devient son complice. Il ne va pas contre les forces qui le dépassent mais surfe avec et, s’il commet des erreurs, il s’auto-évalue pour optimiser sa session. C’est en glissant sur les flux de notre existence que l’on comprend son fonctionnement. Et c’est aussi ainsi que l’on met en place des solutions appropriées afin de toujours en tirer profit
En poursuivant ses rêves de la vague parfaite, du ride sans fin et du tube profond, le surfeur mystifie son sport. Le surf est en effet vécu comme une sorte de religion où la transcendance est suscitée par une quête infinie. Le sentiment de liberté qui se dégage de chaque vague surfée est à son paroxysme et c’est à ce moment là que le surfeur se sent revivre, renaître, délivré d’un quotidien parfois maladif. Il est dévoué à son sport pour son propre salut
Lorsque le surfeur a besoin de surfer, il a aussi besoin de chercher de nouvelles vagues. Partir en trip surf, à la conquête de vagues exotiques et parfois isolées, lui permet de s’ouvrir au monde. Il découvre d’autres paysages, d’autres cultures, d’autres personnes… mais se découvre aussi un autre lui qui s’autorise plus de souplesse. Le trip surf modifie ses perceptions, redéfinit ses besoins, remodèle ses perspectives et l’aide à ouvrir les yeux sur un monde qu’il croit connaître. En partant à l’aventure, un sentiment d’empathie se développe au profit des échanges, du partage et de la solidarité
Pratiqué dans un milieu naturel et incertain, le surf est plus qu’un sport, c’est une philosophie de vie qui offre à chacun un brin de légèreté, quelques minutes de plaisir, une sensation de bien-être et des instants de liberté. Et si la pratique du surf est aujourd’hui parfaitement ancrée dans le système, c’est aussi peut-être parce qu’elle délivre une certaine métaphore de la vie en général et qu’elle nous aide à grandir. Car si le fait de réussir à glisser sur les vagues était, dans certaines cultures, l’une des étapes majeure au passage adulte, il est aussi notre faculté à vivre dans le monde actuel. En fait, surfer sur les vagues c’est comme surfer sur internet, notre réseau personnel ou nos tâches professionnelles : c’est glisser sur les flux de notre existence pour notre bien-être… Alors, si vous pensez revenir à vos 15 ans lorsque vous batifoler dans les vagues le sourire béat, … hé bien c’est encore mieux. Je n’aurais qu’une chose à ajouter : faites du surf pour toujours !
1 Comment on this post
Leave a CommentExcellent sujet pr le bac philo de l’année prochaine !
ça y est l’été est enfin arrivé sur la presqu’ile et heureusement qu’elle est grande ,vu le nombre de surfeurs à l’eau !
Des bisous , à bientôt !
Comment left on 6.28.2012 by Sophie